SARALISA PEGORIER :
Open Nightmare
Portrait de l’artiste en couverture du numéro 137 (Clutch, janvier 2026) | saralisapegorier.com
Avez-vous déjà rêvé de vous immiscer dans le cerveau d’autrui ? Remercions Saralisa Pégorier de nous laisser nous immiscer dans son inconscient. En amassant, de manière presque obsessionnelle, des milliers de points, l’artiste finit par dessiner en noir et blanc des fantasmes, souvent très érotiques, voire trash, mais non dénués d’humour, sortis tout droit de ses cauchemars.
| Nicolas Mathé
Rarement un choix de couverture n’aura suscité autant de débats au sein de l’équipe. Si on avait été moins chaste, on aurait pu, par exemple, opter pour ce sexe masculin tenu en laisse par une dominatrice. Une image volontairement grotesque, qui dérange autant qu’elle fait sourire. C’est ce qui est saisissant dans le travail de Saralisa Pégorier : derrière son aspect très cru, cet érotisme parfois sombre et inquiétant, on sent toujours une subtile dose d’humour.


POUR ÊTRE HANTÉ, NUL BESOIN DE CHAMBRE, NUL BESOIN DE MAISON, LE CERVEAU REGORGE DE CORRIDORS PLUS TORTUEUX LES UNS QUE LES AUTRES. EMILY DICKINSON
Si la revendication féministe imprègne bien sûr fortement son travail, quand elle crée, c’est le lâcher prise, bien plus que la réflexion, qui la guide. D’ailleurs on ne saura pas exactement comment elle s’y prend mais on la croît volontiers, ses oeuvres sont directement issues de rêves ou de cauchemars. « J’arrive à mettre le doigt sur ce que j’ai vu, qui se rapproche souvent d’une hallucination. J’ai une sensation qui reste et que je retranscris sur papier », confie t-elle.
Une empreinte qui se traduit par un intense noir et blanc, façonné à base d’encre de chine, de pointillisme et de traits entrecroisés qui donnent au noir différentes tonalités et une impression de strates successives. Peut-être à l’image de l’évolution de la petite fille timide qu’elle était, très tôt sensible à l’humour noir et aux sous-entendus, capable aussi de se rouler par terre de rage. « Il y a une colère qui est en moi depuis longtemps, liée à la difficulté de prendre ma place en tant que femme et artiste. Mais avec le temps, je me suis approprié ma féminité, ma sexualité ».
Dans le parcours de cette insatiable fabricante, il y a aussi l’art de la marionnette, le théâtre, un livre pour enfant (Le monstre des toilettes), des illustrations pour des fanzines bien punk… Et bientôt peut-être un seul en scène et une BD sur le post partum. Dans chaque discipline, Saralisa Pégorier se met à nu avec une désarmante sincérité. Sans chercher à choquer, mais en observant tout de même avec malice les réactions que provoquent immanquablement ses créatures. ![]()

