[RAP] Interference | sam. 4 avr. | 20h | 28 € | interference-toulouse.fr

Depuis le début de ta carrière, tu es passé par des phases musicales assez différentes avec des sonorités rock, punk, et même jazz. Comment tu définirais ta musique aujourd’hui ?

Je dirai quand même que j’ai toujours une base de rap. Ma musique vient vraiment de là. Après, j’ai toujours kiffé le mélanger à plein d’autres genres. C’est propre aussi à ce style. Sampler, rajouter plus d’instruments, parfois faire des choses très organiques, ou pas du tout. Pour moi, c’est un peu l’essence même du rap. Après, c’est vrai que mon dernier album il est quand même beaucoup moins rap que les précédents. Il y a un truc un peu plus chanson, parfois pop. C’est vraiment un mélange de tout ce que j’aime. 

Dans des interviews précédentes, tu as dit que ton album était peut-être un peu plus homogène en termes de sonorités que les précédents. Comment tu l’expliques ? 

C’est mon deuxième album en solo, mais ça fait quand même plusieurs années que je fais de la musique, et c’est quelque chose que j’ai toujours voulu atteindre. Là où des fois je me faisais un peu kiffer à aller dans tous les sens. Il y a toujours un peu de ça évidemment, mais je voulais quand même avoir ce fil rouge, presque comme un thème à l’album. Je voulais que ça se ressente dans les textes, et aussi musicalement. Ça passe par le fait de bosser avec peu de gens et toujours les mêmes personnes, et de construire vraiment les sons comme un album. 

Et justement tu parles des textes. Dans cet album Brûler Paris, tu reviens sur cette désillusion du rêve de provincial qui monte à la capitale. Tu es originaire de Rennes, tu seras bientôt en concert chez nous à Toulouse, c’est une ambition que tu as de représenter cette jeunesse provinciale qui idéalise ou ne connaît pas Paris ?

L’idée derrière tout ça, c’était d’abord de brûler les illusions, plus que la ville en elle-même. Et ça, c’est aussi faire un clin d’œil et représenter toutes les autres villes et désacraliser un peu Paris. Montrer qu’on vaut pas moins quand on vient de province, qu’on peut y arriver. Qu’on a aussi un tas de choses à raconter, des accès différents à la culture, et à plein de choses, mais qu’on peut tous en faire de belles choses. Que ce soit à Toulouse ou à Rennes, il y a un tas d’artistes qui viennent de là et qui arrachent tout. Donc c’est cool aussi de contrer un peu la centralisation parisienne. 

Tu as des exemples d’artistes toulousains que tu apprécies particulièrement ? 

De ouf ! Déjà, évidemment Bigflo et Oli, qui sont grave des bons, et qui représentent à mort la ville. Il me semble qu’il y a aussi Laylow qui vient de Toulouse. Il y a un tas de monde, j’ai déjà entendu aussi des trucs un peu plus niches, je sais qu’il y a une grosse scène rap. Comme à Rennes où il y a toujours eu cette scène-là, entre des projets un peu underground, et les choses qui pètent avec des gens qui sont passés par là et qui ont vécu des trucs propres à la ville. Et même Columbine, c’était vraiment ça. On parlait d’ennui, on parlait un peu de notre ressenti, de tout ça. C’est un peu le spleen des petites villes. Et je trouve que ça a une belle poésie. Là où à Paris, peut-être que tous les accès sont un peu saturés très tôt, peut-être que ça empêche les gens d’aller au bout des choses. Ouais, ça formate un peu quoi. 

Avant de commencer ta carrière, tu as validé un bac section cinéma, et 2 ans d’études dans l’audiovisuel. Est-ce que ces études influencent encore ta musique aujourd’hui ?

Déjà, faire cette option cinéma ça m’a fait rencontrer tous les membres du groupe, donc l’histoire ne serait pas la même sans ça. Et après moi je suis un kiffeur de cinéma, je mate un tas de films, je vais souvent au ciné. Donc, c’est plus une fibre que je kiffe et qui m’apporte de l’inspiration dans les sons, dans les images et tout. Le diplôme de BTS technicien du son il m’a pas tellement aidé. Parce que tout ce que j’ai appris, c’est plus en bidouillant, en allant essayer de comprendre les logiciels avec les potes. Là où j’ai une formation très technique, j’étais pas hyper assidu là-dedans. 

Et c’est ce triptyque là : musique, image, live, qui définit vraiment l’ADN d’un album

On peut aussi penser par exemple au clip. Est-ce que c’est quelque chose que tu essaies de construire avec la même idée, de garder ce côté un peu cinéma? 

À fond. Sur l’album, j’ai fait un très gros clip d’un morceau qui s’appelle « Paulise ». ça a été un gros investissement, un gros travail artistique de mise en place et de production. C’est mon plus beau clip, j’ai beaucoup investi dedans parce que j’y tiens. C’est un peu le clip que j’ai toujours voulu faire. Il reprend les idées que j’ai toujours eu, dans ce qu’on faisait en bidouillant, en faisant tout maison. C’est ce genre d’image que je cherchais. Pour moi, c’est toujours important, même si aujourd’hui, les gens consomment beaucoup moins de clip, et que ça coûte très cher. Donc faut toujours trouver un équilibre. Mais pour moi, il y a quand même toujours un intérêt à mettre de l’image sur un album. 

En parlant d’image, il y a les clips, mais il y a aussi les photos. Tu as collaboré avec le photographe Melchior Tersen. Comment s’est faite cette collaboration? 

Melchior c’est un des premiers photographes avec qui j’ai bossé en 2017. Il m’avait déjà shooté avec l’équipe. Je le kiffe, je kiffe son travail, et je trouve qu’il collait vraiment à l’univers de Brûler Paris et l’image un peu plus sombre que je voulais apporter. C’est un gars qui se balade beaucoup dans la ville. Il a vraiment une fibre artistique où il voit ce qu’on voit pas toujours. Par exemple, il peut faire des tas de shoots sur des bouquets de fleurs dans les poubelles et tout, des trucs qui ont beaucoup de symbolique et qu’on remarque pas toujours. Et c’est toujours sous le prisme de Paris. Ça collait à fond artistiquement.

Est-ce que pour toi, mélanger les différents pans de la culture, donc la photo, les clips, la musique en elle-même, c’est quelque chose qui est important ? 

Ouais, à fond. Je pense qu’un projet artistique, c’est un mélange de tout ça. Et je rajouterai même la scène. Les concerts, c’est un peu la dernière étape, c’est le moment où tu vas raconter tout ça pour de vrai, face aux gens. Et c’est ce triptyque là : musique, image, live, qui définit vraiment l’ADN d’un album. 

Dans l’album, on entend beaucoup d’acoustiques. Est-ce que c’est des choses qu’on pourra retrouver sur scène en venant te voir? 

C’est la tournée où j’ai le plus de musiciens sur scène. Il y aura les synthés, la guitare, la batterie et tout. J’aime bien faire de la musique avec un ordinateur aussi, mais cet album se prêtait vraiment aux instruments. Ça change pas mal comparé à avant.