NICK CAVE & THE BAD SEEDS :
la voix de l’ombre

[POST-ROCK] Zénith | mer. 22 avr. | 20h | 69 à 99 € | bleucitron.net

Ce 22 avril, Nick Cave devait être sur la scène du Zénith Toulouse Métropole. Un événement attendu avec une certaine dose d’excitation, avant que le Covid19 ne passe par là. L’épidémie en cours pourrait d’ailleurs ressembler à un mauvais prologue de La Route, roman post-apo dont l’adaptation ciné est portée par une musique de… Nick Cave, justement. Avec ou sans son complice Warren Ellis, le crooner des ténèbres a régulièrement travaillé pour le cinéma, entre scénarios, apparitions à l’écran, et bandes originales. Best-of, pour patienter en attendant le report du concert au 28 mai 2021 !

| Baptiste Ostré

PEAKY BLINDERS
Toute une génération a probablement découvert l’œuvre de Nick Cave grâce à la série Peaky Blinders, avec son générique propulsé par le tubesque « Red Right Hand ». Mais les vrais savent : le morceau a déjà fait les beaux jours du petit et grand écran, depuis sa sortie en 1994 sur l’album Let Love In. De X-Files à la trilogie Scream en passant par Dumb & Dumber (eh oui !), nombre de bandes originales ont été envoûtées par ce titre vaudou inspiré du Paradis Perdu de Milton.

Essayez d’écouter « Song for Bob » ou « Song for Jesse »

sans sentir votre cœur se serrer.

L’ASSASSINAT DE JESSE JAMES PAR LE LÂCHE ROBERT FORD
Basé sur la vie (ou plutôt la mort) d’un bandit pratiquement autoproclamé Robin des Bois de l’Ouest, ce western est un film majeur des années 2000. Une réussite de chaque plan : naissance d’un réalisateur (l’Australien Andrew Dominik, déjà repéré avec son premier film, Chopper) ; photographie renversante (grâce au génial chef op’ Roger Deakins, par ailleurs régulier des frères Coen) ; acteurs de haut niveau (le duo de tête, Brad Pitt – ici également producteur – & Casey Affleck, à qui tout un casting sans fausse note emboîte le pas) ; et un score grâce auquel le film gravit des pics émotionnels vertigineux. Même sans les images : tentez donc d’écouter « Song for Bob » ou « Song for Jesse » sans sentir un pincement au cœur. En fait, essayez d’écouter l’intégralité de la bande originale composée par Cave & Warren Ellis sans être submergé par sa mélancolie. C’est impossible. Et c’est normal, parce que c’est un chef d’œuvre.

THE PROPOSITION
Après Ghosts… of the civil dead, inédit chez nous, Nick Cave retrouve son compatriote John Hillcoat en signant le scénario et la musique d’un néo-western crépusculaire influencé par Peckinpah. Une approche résumée par les titres « The Proposition #1 » & « The Rider #2 », dans lesquels l’aridité de l’outback australien prend des proportions métaphysiques. Les deux hommes collaboreront à nouveau par la suite. D’abord sur La Route, adaptation du roman apocalyptique de Cormac McCarthy pour lequel Cave se contentera « seulement » de la musique. Avant de reprendre la plume pour Des Hommes sans Loi où, face à un Tom Hardy tout en borborygmes, l’acteur Guy Pearce (déjà à l’affiche de The Proposition & La Route, vous suivez ?) revêt un costume fortement inspiré du look du musicien.

COMANCHERIA
Encore un néo-western, cette fois dans l’Amérique pré-Trump/post-crise économique des laissés pour compte dont la musique de Nick Cave permet de donner toute sa grâce et sa tension dès la scène d’ouverture. Acteur dans la série Sons of Anarchy et déjà auteur du script de Sicario, le scénariste de Comancheria, Taylor Sheridan fera ensuite appel au musicien lors de son premier passage derrière la caméra, avec le solide thriller Wind River.

20 000 JOURS SUR TERRE
Docu-fiction prenant comme point de départ la conception de l’album Push the sky away, 20 000 jours sur Terre n’a rien du making-of mais tout d’un voyage intérieur. Entre souvenir et rêverie cotonneuse, cet étrange film brouille les pistes du portrait intime pour s’inviter sur le terrain de la transcendance artistique. Une fascinante porte d’entrée dans le monde du musicien.

ONE MORE TIME WITH FEELING
Après 20 000 jours sur Terre, Nick Cave poursuit sa déconstruction du processus créatif, accompagné par Andrew Dominik (L’Assassinat de Jesse James) et une caméra 3D. Mais tout a changé. Traumatisé par la perte tragique d’un de ses fils, tombé d’une falaise à 15 ans, Cave tente de se rétablir en élaborant Skeleton Tree, album aussi douloureux qu’incroyable à écouter. Et le film alors ? Même principe : il pourrait être impudique et gênant, mais il est au contraire d’une terrible retenue, magnifié par l’image en noir & blanc.

Photo : Nick Cave & The Bad Seeds © DR

LES AILES DU DÉSIR
Un ange déchu par amour pour une humaine traîne dans un Berlin coupé en deux et entre dans un concert de Nick Cave. Le coup de génie de Wim Wenders, réalisateur de ce merveilleux drame contemplatif et mystique, prix de la mise en scène à Cannes en 1987.

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