[CLUTCHFOLIO] PIERRE MORTEL : SIGNES DE VIE
Portrait de l’artiste en couverture du numéro 141 (Clutch, mai 2026) | @pierremortelart @pierremortel
Quelques dessins aperçus aux Abattoirs, une BD hilarante (Le Lapin des Baskerville), il nous en a fallu finalement assez peu pour être conquis par Pierre Mortel. Comme il lui en faut peu pour traiter, l’air de rien, des sujets hyper profonds sans se prendre au sérieux. Avec le temps, il a trouvé le bon trait, le bon ton, la bonne distance, cet art si impactant du décalage et de l’épure qui fait rire et réfléchir. Vital !
| Nicolas Mathé
Quelques traits, quelques mots à peine. Et bim ! L’éclat de rire, un trait humain universel révélé ou une question existentielle soulignée. Il est assez rare cet effet wow, ce super pouvoir de dire tant avec si peu. Pierre Mortel l’a. Comme quoi, on peut devenir un super héros malgré un parcours, disons… bordélique. Enfin, c’est ce qu’on se dit en relisant ses notes. Beaux arts, motion design, Ubisoft, graphisme, un court-métrage (La Bite, génial !)…
Heureusement, l’intéressé reconnaît : « j’étais un peu paumé » ! Pour trouver un chemin, il s’est accroché très fort au fil du dessin et de la BD, imprimé en lui dès l’âge de 9 ans quand il fût jury du festival d’Angoulême jeunesse. Dans les pages de la super revue Bien Monsieur, puis sur Instagram, avec Sad Boy, « personnage tellement déprimé qu’il en devient drôle », Pierre Mortel commence à y voir plus clair. Avec The Quackening, il fait même grimper les compteurs, notamment à l’international. Mais lassé de « jouer au jeu vidéo des réseaux », il voit carrément la lumière à l’occasion du Musée imaginaire d’Oli, aux Abattoirs, où il donne naissance au personnage Jean Publik. « Un retour à l’humain et au réel, une grande bouffée d’air frais ! »
J’AIME FAIRE DES CHOSES SIMPLES, ÉPURÉES. LE FAIT QUE JE SOIS PARESSEUX N’EST QU’UNE COÏNCIDENCE (PIERRE MORTEL)
Entre cartoon, Sempé et les unes du New-Yorker, entre réalité graphique et réalité physique, l’irrésistible JeanPublik incarne la pente vers l’épure de son créateur : simplicité de la ligne, réflexions chirurgicales, poésie absurde… Il a dû en falloir des heures d’observation à celui qui s’est longtemps senti à part pour choper avec tant d’acuité et d’esprit de synthèse les contradictions de l’existence.
Depuis, les horizons s’ouvrent et les projets alignés avec sa démarche s’enchaînent. Comme pour une exposition du Musée national de la préhistoire sur les rites funéraires. « Le sens de la vie et la mort sont des sujets qui me fascinent, j’essaie de les traiter sans saouler les gens, en révélant des vérités universelles ».
Libéré de la contrainte de la série, Pierre Mortel va désormais vers la couleur et tend de plus en plus vers la peinture. « Je me suis beaucoup reproché d’être un touche à tout, aujourd’hui tout s’assemble ». Comme s’il y avait malgré tout un sens à cette absurdité qu’est la vie. ![]()




