Portrait de l’artiste en couverture du numéro 144 (Clutch, septembre 2026) | @lulahferreira
[Exposition] Théâtre du Pavé (34 rue Maran) | jusqu’à fin octobre

Il arrive parfois qu’au-delà du résultat final, une démarche artistique participe d’une façon « d’être au monde ». Avant de réfléchir à ce qu’il allait photographier, Lulah a d’abord appréhendé un outil, poussé par un mystérieux mélange de curiosité et d’esprit de revanche. Une façon de se faire violence pour aller vers l’autre ?

« J’ai commencé à fréquenter l’atelier photo du centre culturel Saint-Cyprien, j’y suis tombé amoureux de l’argentique, du noir et blanc, sans véritable projet sinon photographier ma vie, la rue… », décrypte-t-il. Pour pousser plus loin l’aventure, Lulah éprouve le besoin de partir, de traverser l’Atlantique direction New-York, guidé par une vieille fascination pour ce pays qui a façonné l’imaginaire des ados des années 90. « J’étais hébergé dans le Bronx, j’errais toute la journée au feeling en quête de gestes, de gueules. C’était post-Covid, la ville qui s’était vidée était en train de renaître ».

De cette première expérience, il tire un travail hyper sensible entre photo de rue, documentaire et travail esthétique. Ce qui impressionne dans ses images, c’est le sentiment de ne pas pouvoir les dater. On pourrait se croire dans la Big Apple des années 30, comme dans celle des années 60, façon Mad Men, ou dans une réalité hyper contemporaine. « Il y a un côté vaporeux, mélancolique. Je cherche presque toujours de la présence humaine, et avec le recul, je vois dans ces photos beaucoup de solitude. Quand on rencontre des New-Yorkais, ils se définissent d’abord par ce dont ils rêvent avant de te dire ce qu’ils font vraiment ! ».

Sans misérabilisme, Lulah a su en effet capturer une version moins fantasmée de l’american dream. Et il n’en a pas fini avec l’Oncle Sam. Pour son prochain projet, il s’intéresse cette fois à l’influence américaine autour de nous, à travers un club de cow-boy dans l’Aude ou le désert de Tabernas en Andalousie. Peut-être une façon de continuer à interroger ce qui peut bien constituer inconsciemment le rapport au monde de chacun d’entre nous.