[FESTIVAL] Différents lieux à Toulouse | du 28 jan. au 1er fév. | girlxcott.org

« Quitte à reprendre la main, autant organiser nous-même des sortes d’anti-Angoulême un peu partout, des événements festifs, féministes, militants pour mettre en avant l’ensemble des professionnel.les indépendants de la BD ». Ou comment, selon Delphine Panique, transformer tranquillement l’annulation d’un omnipotent festival en une myriade d’événements vertueux et éthiques, ancrés localement. Histoire de replacer la création et la solidarité au centre du neuvième art tout en insufflant de nouvelles façons de le célébrer. Membre de la collective Girlxcott, née de la mobilisation historique qui a mené à l’annulation de l’édition 2026 du festival d’Angoulême, au cours de laquelle les femmes et minorités de genre ont été en première ligne, l’autrice s’est attelée avec de nombreux camarades à mettre sur pied la version toulousaine de ces Fêtes interconnectées de la BD, qu’ils surnomment ironiquement Angoulouse. « Cela faisait des années qu’on assistait à une dérive sexiste du festival d’Angoulême, avec des scandales qui s’enchaînaient, sans compter le mauvais traitement réservé aux auteur.ices de manière générale. Le fait d’arriver à nous fédérer pour dire « stop, cette fois on y va pas », a créé une véritable émulation », poursuit Delphine Panique.

Du 28 janvier au 1er février, dates auxquelles aurait dû se dérouler Angoulême, des fêtes de la BD, pensées comme des espaces joyeux et inclusifs, auront lieu partout en France, mais aussi en Belgique et à Barcelone. Dotés d’une charte et d’une affiche commune, signée par Anouk Ricard, lauréate du Grand Prix du festival d’Angoulême en 2025 et parmi les premières autrices à appeler au boycott de l’édition 2026, chaque événement reste autonome et éphémère. À Toulouse, les auteurs et autrices se sont démenés bénévolement pour construire un programme dans l’urgence avec la participation de nombreux acteurs locaux. Petit salon regroupant des maisons d’éditions locales dans la galerie d’Ombres Blanches, table-ronde sur les raisons du Girlxcott, rencontre-dédicace musicale avec la scénariste Catherine Monnot-Berranger, au Chameau Sauvage, vernissage de l’exposition d’Aniss El Hamouri, auteur de la série Ils brûlent, au Centre culturel des Mazades, projections à l’American Cosmo, événements dans les librairies Terra Nova, Terres de légendes, Floury Frères, Bédéciné ou encore une soirée concerts et dj au Dada le vendredi… De multiples propositions vont rythmer ce week-end de la BD. « On entend bien marquer le coup et faire la fête », prévient Delphine Panique. Ainsi, l’ambition n’est pas de se substituer au traditionnel rendez-vous annuel de la profession. D’autant que dans l’agglomération toulousaine, il existe depuis bientôt 40 ans le festival BD Colomiers, qui fait office, auprès de nombreux artistes et passionnés, de véritable contre-modèle vertueux. Delphine Panique, mise à l’honneur à Colomiers l’an dernier, ne peut que confirmer : « BD Colomiers a toujours été exemplaire, que ce soit au niveau de l’accueil des auteur.ices mais aussi de leur rémunération, avec en plus toujours de super programmations en BD indé ».

Quand la chute (peut-être définitive) d’un mastodonte fédère toute une profession et permet la mise en lumière du travail remarquable réalisé par d’autres acteurs, un peu plus dans l’ombre jusqu’ici, on peut espérer y voir le début d’une nouvelle ère pour la BD. Et un signal fort d’émancipation envoyé à toutes les disciplines artistiques.