STALLONE AU THEÂTRE SORANO :
l’âme du tigre

[THÉÂTRE] Théâtre Sorano | jusqu’au 10 oct. | 20h (ven.), 18h (sam.) | 12 à 22 € | theatre-sorano.fr

La vie d’une jeune secrétaire médicale bascule lors de sa découverte au cinéma de Rocky III. Dans cette pièce adaptée de la nouvelle d’Emmanuelle Bernheim, le boxeur créé par Sylvester Stallone devient à la fois un modèle de vie et l’occasion de célébrer l’influence de la fiction sur l’existence. À voir jusqu’à samedi 10 octobre au Théatre Sorano.

| Chronique de Joy Teseroux

19h55, sortie du métro Carmes. La pièce commence à 20h, tout-va-bien-on-est-large ! C’est pas comme si, au théâtre, il suffisait d’une minute de retard pour se retrouver face à des portes closes. Si ? Ah si, tiens donc ! Direction les vélos libre service, je dévale la rue Ozenne en apnée, arrive tout juste à 19h59 à l’entrée du Théâtre Sorano, sur les allées Jules Guesde. Le temps de récupérer une invitation – et d’un « merci encore » (es)soufflé au passage -, je m’engouffre dans la salle à 20h. Pile poil. C’est bon, on peut respirer. Prendre le temps d’apprécier l’atmosphère feutrée et chaleureuse du théâtre en attendant le début de la pièce. Ce qui ne traîne pas : après un bref rappel des protocoles d’usage, Stallone entre en scène.

Enfin presque. On pouvait imaginer une superproduction à l’image des gros bras du Demolition Man, la pièce étant basée sur le 3e épisode de l’emblématique saga Rocky (L’oeil du tigre, et son mythique adversaire Mister T). Mais c’est plutôt à la première (Rocky I & II, la misère avant la gloire) et la dernière (Rocky Balboa, le retour à la rue et à l’humilité) période du boxeur fictif que l’on songe finalement.

Le décor est ainsi épuré au possible. Une table d’un côté de la scène, quelques machines pas plus grandes qu’un Pc sobrement installées dessus ; un pied de micro de l’autre côté. Pas de ring, pas de James Brown (de toute façon, ça c’était dans Rocky IV aka Stallone contre Staline).

Si Stallone porte ses coups, c’est avant tout parce que son personnage principal se bat, joue et danse avec nous

RING OF FIRE
Compositeur, pianiste et comédien, Pascal Sangla s’assied à la table. Clothilde Hesme, comédienne vue au ciné chez Bertrand Bonello, Christophe Honoré ou nos Pyrénéens frères Larrieu, monte au micro.

Débute un match de boxe peu commun. La comédienne nous fait partager l’impact de la découverte du film Rocky 3 par son personnage, Lise, dans un cinéma en 1983, la laissant figée jusqu’au générique de fin, comme sonnée par un uppercut de l’Étalon Italien. Tout doucement, elle installe une proximité entre elle et la salle, partage la vie du personnage, entre remise en question, révélation personnelle et prise de conscience intime – autant de sujets à la portée universelle, expérimentés par tout un chacun un jour où l’autre (Sly en premier lieu, l’acteur n’ayant jamais caché que les films Rocky épousaient les hauts et bas de sa propre vie). 

Lise-Clothilde feinte, avance, fait un pas de côté, recule, esquive… Car de l’autre part de la scène, Pascal Sangla donne le change. Ses talents de musiciens ne servent pas uniquement l’atmosphère musicale (oui, on entendra le riff incontournable du tube de Survivor, « Eye of the tiger« ) : il incarne progressivement les différents protagonistes – et adversaires – qui se dressent devant la jeune femme.

FIGHT CLUB
Chaque personnage est ainsi l’occasion de démarrer un nouveau round, de faire évoluer le ton et la tournure du match après s’être enquis auprès du coach de la stratégie à adopter face à l’ennemi, tel un véritable chef d’orchestre qui ajuste la partition note par note tout au long de la représentation.

Mais si Stallone sait porter ses coups, c’est avant tout parce que son personnage principal se bat, joue et danse avec nous, suspendus à ses lèvres tout au long d’un quasi monologue, haletant face à son jeu (de jambes) et ses mouvements, qui alternent accélération et accalmie, tirades puissantes et séquences légères (la pièce ne manque pas d’humour), maîtrise du rythme et des temps morts jusqu’au gong final.

Plus qu’un match bestial s’achevant sur un impitoyable K.O., cette performance où la boxe devient une analogie de l’existence nous cueille par sa sensibilité, sa justesse et sa pertinence. En sport, c’est justement ce qu’on appelle créer la surprise. Bon, où j’ai mis mes gants moi ?  

Photos : Rocky Balboa © Twentieth Century Fox France | Stallone © Clothilde Hesme – archives personnelles

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