Portrait de l’artiste en couverture du numéro 143 (Clutch, été 2026) | @gauthier-genet


C’est la beauté de l’épure. Quand le travail consistant à évacuer toute fioriture est tel qu’il rend impossible l’association entre la genèse d’une œuvre et l’œuvre elle-même. Impossible en effet, si l’on s’en tient uniquement à ce que l’on voit du travail de Gauthier Genêt, de faire le lien entre ce volume géométrique constitué de faces et d’arêtes et une danseuse dotée d’un drapé bleu. C’est pourtant dans ce chemin que se niche la poésie et le mystère qui se dégage de ce que l’on a concrètement sous les yeux : des lignes et du vide.

Ce parcours qui mène à l’œuvre, c’est aussi celui d’une vie d’artiste. Découverte du graff, des heures et des heures à crayonner seul dans sa chambre, un bac pro en dessin industriel, puis la photo, à son arrivée à Toulouse via l’ETPA. « J’y ai notamment appris à parler de mon travail, c’est la petite graine qui a fait que j’ai commencé à me prendre pour un artiste », raconte t-il. Autant d’outils dans sa besace pour mettre en forme ses fascinations : les pyramides, le nombre d’or, les mesures millimétrées… et la beauté féminine !

CE QUE TU FERAS SANS PRENDRE LE TEMPS, LE TEMPS NE LE RESPECTERA PAS

Après une première série autour de la forme de l’icosaèdre, Gauthier Genêt rentre aujourd’hui directement dans ses photos, zoome sur un élément du corps et modélise le tracé géométrique formé par les ombres d’un sein ou d’une colonne vertébrale pour en faire une sculpture de béton, d’acier, de métal ou de bois.

Un travail d’ultra précision et de synthèse qui ne laisse rien au hasard. « Comme le temps et la rigueur qu’il faut à une danseuse classique pour parvenir à ce que la position de ses mains soit si gracieuse et légère. C’est cette douceur qui m’intéresse, le fait de prendre le temps de la contemplation pour s’élever ».

Sans surprise, il porte aussi une attention toute particulière à la manière dont ses œuvres s’inscrivent dans leur environnement. Peut-être qu’à l’avenir, dans une sorte d’idéal poétique, elles pourraient même se mettre à danser. Autre vision, Gauthier Genêt projette aussi un travail autour de la ligne de désir, concept urbanistique désignant ces sentiers non prévus, emprunté de fait par des piétons, cyclistes ou animaux. Le chemin le plus court dessiné par la trace du temps. Une autre jolie forme d’épure.