Portrait de l’artiste en couverture du numéro 139 (Clutch, mars 2026) | @loicmonde


« Si j’arrête de peindre des trains, ce n’est plus moi », glisse t-il sourire en coin. Mondé a beau être un artiste et organisateur de grandes expos éphémères reconnu, l’époque des vols de bombe à Midica, des bus défoncés et des spots cultes comme l’ancienne usine Job n’est jamais très loin. D’ailleurs pour chaque édition de Layup, il prône le collectif et la désacralisation de l’art. « Même si les artistes qu’on sélectionne font des choses très différentes, je veux qu’ils viennent du graff. Pour moi c’est comme le jazz, la base qui permet d’emprunter tous les chemins », revendique-t-il.

JE PEINS MON CHEMIN, CHAQUE COUP DE PINCEAU, CHAQUE TOUCHE DE COULEUR, EST UNE TRACE DE MON PASSAGE. MONDÉ

Mondé est comme plusieurs camarades de sa génération, une incarnation vivante de l’évolution du graff. Comment préserver l’esprit original quand, après avoir commencé dans la rue très jeune en passant plusieurs fois par la case garde-à-vue, son travail l’amène à bosser avec Adidas, Yves Saint-Laurent, l’Eurovision ou encore à peindre une cabine de la piscine Molitor à Paris ? Tout d’abord en gardant la même spontanéité dans sa pratique. Pas de croquis, juste l’énergie du trait, l’urgence, l’adrénaline ! « Même sur toile, je suis en écriture automatique. La seule chose que je réfléchis en amont, c’est la gamme de couleurs, selon l’humeur, sinon je ne sais jamais à quoi va ressembler une œuvre avant de la commencer ».

Même s’il a donné dans le figuratif, Mondé revient aujourd’hui quasi exclusivement à la calligraphie. Son style se repère par ses enchevêtrements élégants de lettres qui jouent sur l’équilibre entre le plein et le vide, le mat et le brillant. Désormais, il explore le volume à travers de nouveaux outils et de nouvelles matières ; béton, métal, résine epoxy ou encore bois brûlé, pratique à la symbolique très forte consistant à « figer l’éphémère ».

Malgré toutes ses activités Mondé tient à « garder du temps pour rater ». Belle définition d’un artiste pour quelqu’un qui a longtemps eu du mal à accepter ce mot.