Comment tu as su que tu n’étais plus un enfant ?

Je crois que ça a été de ne plus totalement vivre dans l’instant présent. Souvent ce que j’aime raconter, c’est que quand t’es gamin, tu sautes dans les flaques d’eau parce que c’est marrant, et puis un jour t’arrêtes parce que tu te rends compte que tu vas avoir les pieds mouillés. Et je crois que c’est ça, le moment où tu quittes l’enfance. C’est le moment où tu te rends compte de tous les enjeux, et que tu commences à te projeter. Et pour moi cette phase elle a commencé à arriver vers mes 15 ans et je sens que je suis vraiment sorti de l’enfance vers mes 25 ans. 

Et est-ce qu’il y a des choses qui te manquent dans cette vie d’enfant ? 

Bien sûr, vivre dans le présent d’abord. Et aussi, je trouve ça dur de toujours décider tout. Ça me manque que ma mère m’habille le matin, ça me manque que mon père décide de ce que je vais manger. Ce truc-là de devoir toujours décider pour soi-même et d’être le seul maître à bord, c’est un peu pesant. Et il y a des vrais moments où je suis épuisé et je me dis que c’était quand même bien quand c’était pas à nous de décider quand il fallait se moucher.

Dans la présentation de ton spectacle, tu as écrit « je ne suis pas sûr de capter le concept », en évoquant cette période d’entre-deux. Depuis ça fait un peu plus d’un an que tu joues ton spectacle partout en France. Est-ce que tu as réussi à trouver un sens à cette période de la vie ?  

Non, mais par contre j’ai commencé à comprendre des trucs. Je crois qu’on n’arrête jamais d’être enfant. Je crois que c’est un état d’esprit plus qu’une période. Et donc c’était très intéressant de pouvoir jouer plein de fois le spectacle et de pouvoir rencontrer plein de gens autour de ça. Dans le cadre de la revue qu’on propose à la fin du spectacle, j’ai conversé par exemple avec Damso ou avec Agnès Jaoui sur ce sujet. Et elle par exemple, elle me disait qu’elle ne se sent toujours pas adulte. Et ça m’a aidé à plein d’endroits. Je commence à essayer de retrouver des bulles d’enfance dans ma vie actuelle. Et ça, c’est quand même très très réjouissant. 

C’est un objectif pour toi de réussir à en trouver de plus en plus de ces bulles d’enfance ? 

Oui, totalement. Je trouve que c’est quand même un rapport à la vie qui est plus agréable. C’est plus simple en fait, c’est plus immédiat. 

Tu viens d’en parler, tu as lancé une revue pensée comme un prolongement du spectacle. Plusieurs artistes et personnalités interviennent. Pourquoi c’était important pour toi d’avoir des témoignages extérieurs sur ce sujet de l’entre deux ? 

C’est de curiosité. J’ai traversé ce thème là en écriture, et j’étais un peu obnubilé par ça. Et en fait, j’ai toujours besoin de parler avec des gens quand je traverse un questionnement. Je trouve que c’est toujours plus agréable d’être accompagné de gens qui ont traversé ces périodes-là. Et en parlant avec des gens, je me suis mis à me dire qu’il y a une thématique qui est vraiment intéressante. Par exemple, en discutant avec Edgar Dubourg. C’est le petit frère de Louis, qui fait toutes mes premières parties en tournée, et il est chercheur en sciences cognitives et en sciences évolutionnaires. Il m’a appris que chez les animaux, cette phase d’entre deux existait, elle s’appelait la phase d’investissement. C’est le moment où un animal sort de l’enfance et peut se reproduire, jusqu’au moment où il se reproduit. Et en fait, cette phase d’investissement, elle varie en fonction des espèces. Et nous, on est l’espèce animale qui a la plus longue phase d’investissement qui existe. Tout ça c’est hyper intéressant, et à un moment, je me suis dit qu’il fallait que j’en fasse quelque chose de toutes ces infos que je ne peux pas mettre dans le spectacle. Et donc c’est devenu une revue. 

« La première ville où je voulais revenir, c’était Toulouse »

Quand on observe ta carrière, on peut remarquer que tu as souvent tendance à t’interroger sur les différentes étapes de la vie. Comment tu l’expliques ?

Je pense que je ne suis pas forcément la typologie de personne qui a peur de la mort, j’ai plutôt peur de la vie. Je trouve ça effrayant de vivre par moment. Et du coup, je me mets à me projeter sur les épreuves à traverser. C’est comme quand tu as peur de faire quelque chose dans la vie. Souvent, tu t’expliques précisément ce qu’il va se passer. Si tu as peur de passer le bac blanc, tu vas te dire « bon, la première heure il faut que je fasse ça, la deuxième heure je fais mon brouillon, etc. ». Et bien, j’ai un peu ce rapport à la vie. J’essaie de décanter ça comme une épreuve de bac en fait. 

Et est-ce que tu dirais que c’est plutôt positif ? Ou est-ce que c’est épuisant à force de toujours se poser des questions ? 

J’ai appris à vivre avec ça. Je sais que c’est mon rapport à la vie donc c’est dans mon ADN. Après, je ne pense pas que ce soit épuisant, parce que j’ai choisi d’en faire des blagues. Enfin, je ne sais pas si j’ai choisi, mais en tout cas je fais des blagues. Et c’est vraiment un truc que j’adore. Là, en ce moment, je suis sur une terrasse à Bordeaux. J’ai joué hier et je rejoue ce soir. Et je peux dire que je suis au top de la forme, j’aime trop ça. Donc oui, par moments c’est relou parce que je passe des nuits d’insomnie à écrire des trucs chelous. Mais après, il y a des moments où je peux aller faire un tour de France, en rigolant avec les gens de ces mêmes questionnements. Donc moi, je suis quand même assez heureux, dans ce rapport-là en tout cas.

Tu l’as dit, tu fais des blagues, c’est ton métier. Mais depuis le début de ta carrière tu as eu de nombreuses casquettes. Tu as été chroniqueur, acteur, auteur aussi. Comment tu te définis aujourd’hui ?

Je sais pas du tout. Je crois que j’essaie de raconter des histoires. Après souvent ça passe par la scène. Donc humoriste ça me va très bien. C’est un métier que j’adore. Je voulais être humoriste quand j’étais petit et après, je voulais être réalisateur. Et à un moment, je me suis rendu compte que le point commun entre les deux, c’était de raconter des histoires. J’aime trop raconter des histoires.

Entre ton premier spectacle et celui-ci, tu as écrit un livre, qui a connu un grand succès. Est-ce que cette étape a influencé ta façon de penser ce dernier spectacle ?

Oui je crois. Parce qu’en fait, dans le livre il n’y a pas tant de blagues que ça. C’est pas un livre qui avait vocation à faire rire les gens. Et donc c’était assez réjouissant pour moi de me rendre compte qu’une histoire pouvait parler aux gens même s’il n’y avait pas que des blagues. Et ça m’a détendu en fait. Donc j’ai approché l’écriture de spectacle différemment. Je me suis dit que ce qui prime, ce sont les idées que tu as, et ce que tu as raconté. Et le rire c’est qu’un vecteur. Moi je trouve que ce spectacle est plus marrant que mon premier. Je crois que les gens se poilent plus, parce que je suis plus détendu dans mon rapport au rire. 

En interview tu as déjà évoqué ton envie d’avoir des enfants. Qu’est-ce que tu aurais envie de leur inculquer en termes de bagage culturel ? 

La curiosité. Je trouve que le meilleur bagage culturel, c’est la curiosité. Les gens curieux ils arrêtent jamais d’apprendre. Enfin je crois. Je vois dans ma famille qu’il y a beaucoup de gens curieux. C’est hyper intéressant de toujours continuer à se dire qu’on ne sait pas. C’est quand même assez fun et moi, j’adorerais devenir ce genre de personne. Et avec le temps, en vieillissant, continuer à être curieux. Là je le suis, mais c’est normal, je suis tout jeunot. J’espère ne jamais arrêter de l’être. 

Et tu penses que c’est cette curiosité naturelle qui t’as poussé à faire autant de choses, à explorer autant de chemins ? 

Oui parce que j’aime trop apprendre en fait. Quand d’un seul coup, je me dis que je vais écrire un livre, je vais rencontrer plein de gens qui ont écrit des livres. J’apprends plein de choses sur la manière d’écrire. J’aime vraiment ça. Quand j’ai voulu faire de la scène il y a 10 ans, j’ai rencontré plein d’humoristes. Et j’ai vraiment ce rapport-là à l’art. Je pense que c’est des choses qui s’apprennent aussi par les rencontres. Donc j’ai toujours cette envie d’apprendre des trucs.

Lors de la première partie de la tournée, en juin 2025, tu étais déjà passé à Toulouse. Quel est ton rapport avec le public toulousain ?

Dès qu’on a pu rajouter les dates, la première ville où je voulais revenir, c’était Toulouse. Parce que vraiment, mes trois dates dernières au Casino Barrières avec ce spectacle, j’ai adoré. C’est un public tellement jeune, tellement cool et tellement détente. Dès que tu montes sur scène, tu sens un mélange de bienveillance et de bonne ambiance. Et donc dès que j’ai pu rajouter les dates, ça a tout de suite été Toulouse. C’était vraiment un kiff.